Mustapha El Khalfi : L’Américain du PJD

La politique et Mustapha El Khalfi, le directeur de publication d’Attajdid, c’est une relation précoce ! Il a en effet 10 ans quand il commence à s’intéresser à la chose politique sous la houlette de son père. Du côté de sa mère, Mustapha El Khalfi est baigné dans une famille traditionnelle et attachée aux valeurs de l’Islam. Un mélange qui a participé pour beaucoup dans ce qu’il est aujourd’hui. Il est encore enfant quand Mustapha s’intéresse à la politique, et ce grâce à son père bouquiniste. «Il m’achetait chaque semaine la revue pour enfants Majed et, plus tard, il m’acheta une revue politique paraissant au Moyen-Orient. Nous débattions beaucoup de choses politiques». Le politique, son grand-père y est également pour beaucoup puisque ce dernier ouvrait les portes de sa demeure au parti de l’Istiqlal qui organisait différents événements. D’ailleurs, c’est dans cette grande demeure tellement connue à Kénitra que son grand-père avait reçu la visite de Allal El Fassi. «Jusqu’à la mi-80, mon grand-père continuait à organiser une grande cérémonie à l’occasion de la fête du Trône». Enfant, il entame sa scolarité à la mythique école Takkadoum à Kénitra. Et en 1986, il met au point une revue avec un ami, sans savoir que quelques années plus tard, il sera nommé à la tête du journal Attajdid. Il intègre également le réseau associatif en travaillant au sein de l’Association «Al-Hiwar». En 1987, alors âgé de 15 ans, Mustapha El Khalfi rencontre Abdelillah Benkirane, c’est dire que la relation entre Mustapha et l’actuel chef du gouvernement ne date pas d’hier. Matheux, il choisit de poursuivre des études en sciences-maths au lycée Mohammed V à Kénitra. En 1990, il participe à sa première grande manifestation, celle contre la guerre en Irak, alors qu’éclatait la première guerre du Golfe. Par la suite, il va intégrer l’Université Ibn Tofaïl pour des études de physique, préférant rejoindre la fac. Il rejoint en même temps l’UNEM où il fait ses armes. Et c’est probablement à partir de là que décollera une carrière politique qu’il préfère mener dans la discrétion. En effet, en 92, il est nommé responsable dans le comité de ce qui deviendra par la suite le MUR, le Mouvement Unicité et Réforme. Une année plus tard, il briguera également le poste de SG de l’UNEM à Ibn Tofaïl à Kénitra et rejoindra le secrétariat régional du PJD dans la même ville. D’ailleurs, Abdelaziz Rebbah et lui travaillent en tandem, puisqu’en 96 Mustatpha dirige la campagne électorale de son binôme. Mustapha est d’ailleurs un membre actif du parti et plutôt cérébral, préférant la réflexion et la recherche. D’ailleurs en 96, il passe un Bac libre pour entamer des études en droit. Il a d’ailleurs trois licences différentes. Et alors qu’il a le choix de faire un 3ème cycle en physique en France, il choisit de faire un 3ème cycle en sciences politiques. «C’est là où j’ai connu le professeur Mohamed Berdouzi». Une vraie amitié se noue et Mustapha se découvre une passion pour les politiques publiques entre autres sujets sur lesquels il entamera des recherches. En 98, il rejoint la rédaction de l’hebdomadaire Arraya qui deviendra Attajdid en tant qu’analyste politique. A l’époque, nous sommes en grande période d’évaluation du travail du gouvernement et des politiques publiques, le dada de Mustapha El Khalfi. Il s’intéresse également aux politiques internationales à l’égard du Maroc. L’analyse et la recherche semblent être les maîtres-mots chez El Khalfi. D’ailleurs, il animera plusieurs conférences avec Berdouzi sur ces sujets-là. Et sa curiosité le mènera en 2000 aux Etats-Unis d’Amérique dans le cadre du programme des visiteurs internationaux. S’ensuivra alors une série de visites et de séjours. Mustapha a visité au moins 20 pays et sera d’ailleurs particulièrement marqué par la visite de l’Université d’Oxford. «C’est une sorte de ville-université avec 40 % de la population composée d’étudiants et un réseau de 150 bibliothèques !». Un paradis sur terre pour cet amoureux des livres et de la recherche. Et ce d’autant plus que cela l’aide dans son Doctorat sur l’approche anglo-américaine des mouvements islamistes, un sujet d’ailleurs qui lui tient à coeur. Mieux encore, il étoffera son réseau d’amis chercheurs à travers le monde, notamment le professeur James Piscatori ou encore William Zartman. Ces préoccupations d’ordre académique ne vont pas distraire Mustapha El Khalfi de ses engagements au sein du PJD puisqu’en 2000, juste après avoir obtenu sa troisième licence en études islamiques, il travaille sur le bilan de l’équipe parlementaire du PJD. Il travaillera en étroite collaboration avec Mustapha Ramid, l’enfant terrible du PJD. Et en 2002, il est l’une des chevilles ouvrières du programme électoral du parti. Puis, ont eu lieu les événements du 16 mai. Une période très critique durant laquelle le parti a failli voler en éclats. «C’était l’une des batailles politiques les plus importantes». Mais l’une des batailles qu’il mènera à titre privé est celle de comprendre les mécanismes de prises de décisions au sein du congrès et comment les influencer sur un dossier sensible : celui du Sahara. Puisqu’en 2005 il va bénéficier d’une bourse d’étude octroyée par l’Association américaine des sciences politique et, pendant trois mois, il étudiera au congrès américain comment est construite la politique extérieure américaine. A la fin de ce programme, il déposera une demande en vue de rejoindre le Congrès en tant que cadre législatif et c’est ainsi que pendant 8 mois de plus, il travaillera à faire changer la perception sur ce dossier du Sahara. Et il nouera des amitiés au sein du congrès, qu’il entretient toujours. «Cette expérience représente un tournant dans ma vie». D’ailleurs, grâce à sa maîtrise de l’anglais, et de l’arabe évidemment, il intervient souvent sur les chaînes étrangères sur ce sujet et sur bien d’autres. Et bien qu’on lui ait fait des propositions professionnelles alléchantes, il préfère rentrer au Maroc où l’attend son poste de réd en chef à Attajdid, et surtout la campagne électorale de 2007. Il va d’ailleurs s’y consacrer totalement. Nommé la même année directeur de publication, et en tant que membre du conseil national et responsable de la commission des politiques publiques, Mustapha travaillera sur plusieurs projets, notamment la réforme de la Justice ou encore au sein de la Fédération des éditeurs de journaux. Et pendant deux ans, il va travailler sur le programme électoral du PJD de 2011 ! On le donne aujourd’hui comme un profil fortement des plus en vue de son parti. Bref, une vraie machine à travailler Mustapha El Khalfi. Son secret ? Le management du temps qu’il suit à la lettre. Sans oublier le temps consacré à sa famille, notamment à sa mère et son épouse ! Un regret ? «Le français ? Peut-être que j’aurais dû m’y atteler plus sérieusement. Mustapha croit au changement, à la stabilité et à la continuité. Des valeurs qui le motivent. Il est conscient du rôle de chacun dans le changement. Et en même temps, ce changement devra s’inscrire dans la continuité de l’histoire glorieuse du Maroc. Très croyant et très critique aussi, Mustapha El Khalfi a été confronté à la dure épreuve du décès de son père. Fort heureusement, il retrouve auprès de Benkirane, Abdellah Baha et d’autres membres du parti, l’écoute et le conseil. «Nous sommes comme une grande famille !». ■

Imane Bouhrara

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